Au Congo, l’autre poumon vert de la planète peine aussi à respirer | Land Portal | Protegendo os direitos da terra através de dados abertos

Date: 6 septembre 2019

Source: FamlandgrabLe Soir

Par: Colette BRAEKMAN

La planète a deux poumons : la forêt amazonienne et la forêt qui couvre le bassin du Congo. Déjà le monde suffoque parce que le premier de ces poumons est en flammes. Et l’autre ? L’immense forêt tropicale qui s’étend sur l’Afrique centrale, depuis le Gabon et le Congo Brazzaville, le Cameroun et le Gabon et surtout, au cœur de cet immense bassin, la République démocratique du Congo, gardienne du fleuve est elle aussi menacée.

Monseigneur Fulgence Muteba, l’évêque de Kilwa-Kasenga, (Haut-Katanga) profitant de l’émotion causée par l’Amazonie, vient de le rappeler avec éclat : « un désastre écologique est en cours dans la forêt de Miombo, où s’observent d’intenses activités anarchiques : nuit et jour, de gros camions chinois emmènent, tel un butin de guerre, des grumes d’un bois précieux, le « mukula » (pterocarpus chrysothrix) aussi appelé le bois rouge, fleuron de la flore locale. Outre de nouvelles coupes, le ramassage s’accompagne du marquage systématique de chaque grume, pour répondre sans doute, aux conditions imposées par les pays de transit.»

Dénonçant l’action de sujets chinois et de certains proches du pouvoir, l’évêque pointe du doigt des pratiques qui ne sont pas propres au seul Katanga : des exploitants se plaisent à corrompre les chefs coutumiers, le Code forestier est ignoré et à Kinshasa, le Ministère de tutelle accorde son autorisation...

Les conséquences de la destruction de la forêt de Miombo, telles que les décrit le prélat, pourraient s’appliquer à d’autres lieux : dans cette partie du haut Katanga, la saison des pluies ne dure plus que quatre mois, la saison sèche est plus dure qu’auparavant, les crues et les étiages de la rivière Luapula et du lac Moero perdent leur équilibre naturel, au détriment des activités agricoles et de la pêche...

Un réservoir de biodiversité

Après l’Amazonie, la forêt pluviale du bassin du Congo est la deuxième plus vaste au monde, d’une superficie de 228.000 hectares. Le bassin du Congo représente 70 % de la couverture végétale du continent africain et abrite 26 % des forêts pluviales du monde, ces forêts qui contribuent pour 30 % à l’oxygène de la planète. Six pays sont communément associés au bassin du Congo, le Cameroun, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, la République du Congo et, last but not least, la République démocratique du Congo.

Mosaïque de forêts inondées, de lacs de rivières et de marécages, réservoir de biodiversité, le bassin du Congo est aussi à l’origine des pluies dans toute l’Afrique et sa déforestation massive entraînera de plus longues zones de sécheresse et une accélération de la désertification. 

Si l’Amazonie est essentiellement menacée par l’extension des zones de cultures et par les brûlis qui dévastent les forêts, les périls qui guettent les forêts du bassin du Congo sont multiples : si le taux de déforestation est passé en quinze ans de 0,3 à 0,26 %, l’exploitation forestière de type industriel n’est pas seule en cause. Poussée par une croissance démographique de plus de 3 %, l’agriculture de subsistance rogne chaque année davantage sur la forêt.

Virunga, un parc menacé

Le parc des Virunga, dans le Nord de la RDC en est un exemple patent : les agriculteurs du Nord Kivu, mais aussi les populations réfugiées venues du Rwanda et de l’Ouganda, sans oublier de nombreux groupes armés, se rendent dans le parc pour y chercher du bois de chauffage, traquer le gibier qui sera présenté comme « viande de brousse » sur les marchés de la région. Cette traque des antilopes forestières, des éléphants voire des gorilles a des conséquences sur la biodiversité, car elle entraînera aussi la diminution des arbres à croissance lente, dont les graines sont transportées par les animaux sauvages. Le parc étant classé par l’Unesco, le parc des Virunga dispose de moyens importants pour traquer les braconniers mais chaque année des gardes forestiers sont tués, des campements clandestins sont dispersés.

Le conservateur du parc, Emmanuel de Merode, qui fait face à la pression que les groupes pétroliers exercent sur les élus locaux, a bien de la peine à démontrer aux populations voisines que le parc, qui attire les touristes et produit de l’électricité grâce à plusieurs barrages hydroélectriques représente un atout économique sur le long terme.

Poussées par la nécessité, les populations riveraines qui pratiquent la culture sur brûlis, défrichent pour cultiver, chassent pour se nourrir ou vendre la viande, utilisent les plantes médicinales (1.400 plantes forestières tropicales ont été identifiées pour leur potentiel dans la lutte contre le cancer...). Au vu de leur croissance démographique, ces populations représentent certainement un danger pour les forêts tropicales mais pas le pire.

Si les chercheurs estiment qu’un tiers des forêts du Congo pourrait disparaître d’ici 2040 et que 800.000 hectares s’évanouissent chaque année, c’est aussi à cause de l’appétit que suscitent, en plus des ressources minières, les espèces rares ou très appréciées, comme l’acajou, l’okoume, le bois de rose...

Anvers, plaque tournante

La Belgique n’est pas innocente en ce domaine : selon Greenpeace, le port d’Anvers est connu depuis des années comme la plaque tournante pour le commerce du bois illégal en provenance de toutes les régions du monde et en 2017 la Commission européenne a engagé une procédure d’infraction, dénonçant l’interprétation très laxiste de la législation européenne sur le bois. Cette année encore, l’organisation environnementale a d’ailleurs fait bloquer une cargaison exotique dans le port d’Anvers, du bois produit par la société chinoise WCTS et en provenance du Gabon. Un autre groupe chinois, contrôlé par le magnat Xu Gong DE, est régulièrement mis en cause pour exporter illégalement du bois d’okoume vers les Etats-Unis, où il sert à faire les placages. Au Gabon et en République du Congo, le groupe chinois Dejia gère à lui seul 1,5 million d’hectares !
 
Une société cotée à la Bourse de Toronto, Feronia, se trouve, elle, dans le collimateur du CNCD (Centre national de coopération au développement) et cela pour deux raisons : la première est que Bio, la structure de la Coopération belge qui investit dans le secteur privé, a investi en 2015 11 millions de dollars dans Feronia-PHC. La deuxième est que cette aujourd’hui canadienne est le dernier maillon d’une longue chaîne de succession : elle a racheté en 2009 les concessions d’Unilever, qui elles-mêmes dataient de l’époque coloniale, soit 101.000 hectares de terres dont 70.000 sont des surfaces de forêts. Produisant de l’huile de palme, la société est en conflit avec les populations locales qui réclament la restitution d’une partie des terres...

Le bassin du Congo et le contreplaqué chinois 

En 1998, la Chine a mis en œuvre un programme de protection de ses forêts naturelles. Depuis lors, des millions d’usines chinoises productrices de meubles et de contreplaqué dépendent de l’Afrique centrale pour leur approvisionnement en bois et le bassin du Congo a succédé à l’Asie du Sud est. Plusieurs sociétés forestières occidentales qui opéraient en Afrique depuis l’époque coloniale ont été rachetées par des opérateurs asiatiques et en 2018 et 2019, plus de 2,5 millions d’hectares de forêts du bassin du Congo seraient passés sous contrôle chinois. Ainsi par exemple, la Société industrielle et forestière du Congo (Siforco) société détenue par Danzer jusqu’à sa vente au groupe Blattner en 2012 a vendu cinq concessions, soit 1,1 million d’hectares, à la société Booming Greeen RDC. Début février 2018, deux sociétés chinoises, la Forestière pour le développement du Congo, FODECO, et Somifor, la Société la Millénaitre Forestière, se sont vu attribuer trois concessions forestières, soit 650.000 hectares...
Source : EIA, Environmental Investigation agency, 2019, Commerce toxique.

 

Les corridors de la mort

Le développement de l’Afrique ne passe pas seulement par les projets miniers industriels, des projets majeurs d’infrastructures sont également prévus, dont les « corridors » qui devraient bientôt sillonner le continent.

L’Afrique subsaharienne devrait bientôt être traversée par 33 corridors de développement qui couvriront pas moins de 53.000 km. S’ils sont supposés favoriser les échanges commerciaux et humains et absorber les effets de la croissance démographique, ils pourraient avoir des impacts environnementaux majeurs : ces corridors, qui passeraient dans des zones faiblement peuplées mais de grande valeur environnementale, sectionneraient plus de 400 réserves naturelles existantes et pourraient diviser ou dégrader environ un tiers de toutes les aires protégées en Afrique subsaharienne.

Ces corridors permettront aussi aux sociétés forestières d’ouvrir de nouvelles voies d’accès aux dernières forêts demeurées intactes afin de favoriser l’exploitation commerciale du bois et le développement de la chasse des animaux de brousse.

Source : L’expansion des infrastructures et le sort des forêts d’Afrique centrale, dans Les forêts d’Afrique centrale, pour toujours, Meindert Brouwer, MB éditions.

Original source: Le Soir

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