Date: 17 juillet 2018

Source: OLJ

Par: Claude ASSAF

Le ton est à nouveau monté à Lassa (jurd de Jbeil) le week-end dernier, après une période de trêve observée autour d’un différend foncier sur fond politico-communautaire, qui persiste entre la population locale chiite et l’archevêché maronite de Jounieh. Le comité des Wakfs chiites de Lassa a ainsi estimé que les habitants de confession chiite sont victimes d’un plan d’éviction de la région, établi selon un agenda « bien précis ». Ce litige qui perdure depuis de nombreuses années est en outre marqué par les accusations de la communauté chrétienne d’empiétements chiites sur les biens-fonds de l’Église maronite.

Dans un communiqué publié après une réunion tenue au club “husseini” de Lassa, les participants ont énuméré les points d’un projet, selon eux, bien défini visant à expulser les chiites de la localité. Parmi ces points, « des opérations de cadastre effectuées au profit de l’archevêché maronite de Jounieh ; l’annexion du lac de Hjoula (village chiite) à Bentaël (chrétien) sous prétexte de créer une réserve ; la suppression de la localité chiite de Halan par son annexion à la localité chrétienne de Ghodras ; l’interdiction aux habitants de Lassa de construire des étages supplémentaires à leurs habitations ; et le conflit entre les habitants de Yammouné (caza de Baalbeck) et ceux de Akoura (caza de Jbeil) », déclenché en juin dernier, autour de la propriété de biens indivis situés dans les jurds de Akoura, à la frontière des deux régions. Le texte évoque ainsi des différends fonciers à une échelle plus large que celle de Lassa.

Après une longue discussion, le comité des Wakfs chiites de Lassa a décidé de « dépêcher une délégation auprès du président du Conseil supérieur chiite, Abdel Amir Kabalan, pour l’informer du climat de la réunion, en vue d’entendre ses sages recommandations ».

Toutefois, quelques heures seulement après la publication de ce communiqué, l’un des participants à la réunion, le cheikh Mohammad Ahmad Haïdar, imam de Zeytoun (Ftouh-Kesrouan), se démarquait, affirmant que le texte adopté « n’émane pas de toutes les personnes qui ont pris part à la séance ».

« Le comité des Wakfs chiites de Lassa avait convié une centaine de notables et personnalités de la région pour débattre du litige foncier », a indiqué le cheikh Haïdar, soulignant qu’ayant reçu lui-même une invitation, il y a répondu « par souci de calmer le conflit et de rechercher une solution sous un couvert national et rassembleur qui préserverait l’unité des habitants de la localité ». « Nous avons établi un brouillon dans lequel nous avons évoqué les résolutions prises, mais ce document n’a pas été publié », a révélé le cheikh Haïdar, indiquant que le texte initial « comportait un hommage au rôle du Conseil supérieur chiite dans la préservation de l’unité nationale, du vivre-ensemble et des droits des habitants de Lassa et ses environs, et exprimait le souhait que ce conseil poursuive le dossier avec des pôles politiques et religieux dans le cadre d’un dialogue constructif ». « Or le communiqué publié a mis la barre trop haut », a poursuivi l’imam de Zeytoun, spécifiant enfin « ne pas vouloir la guerre ».

Contacté par L’Orient-Le Jour, le cheikh Haïdar a affirmé avoir été « surpris » par la teneur du communiqué médiatisé, d’autant, a-t-il dit, qu’il avait lui-même élaboré le texte non publié, au cours d’une réunion restreinte ayant immédiatement suivi le rassemblement élargi. « Ce texte qui n’a pas vu le jour avait pourtant été approuvé par les présents, notamment le représentant du Conseil supérieur chiite et le conseiller du ministre sortant de la Jeunesse et des Sports, Mohammad Fneich (Hezbollah) », relève l’imam de Zeytoun, soulignant par ailleurs avoir réclamé à l’Agence nationale d’information (ANI) l’identité des auteurs du communiqué publié à son insu, mais que l’ANI a refusé de satisfaire sa demande, se prévalant de son droit à la protection de ses sources d’informations.

« Bon voisinage, amitié et amour » 

Dans ce contexte,le cheikh Haïdar prône « une pacification de la situation », attribuant la cause du conflit à l’histoire, et plus précisément « au temps des Français, voire des Ottomans ». Ce à quoi « les habitants de la région, toutes communautés confondues, sont totalement étrangers ». « Cette ancienne blessure profonde devrait être traitée et guérie comme dans une seule et même famille, sur base des documents existants mais aussi en se fondant sur les us et coutumes », affirme-t-il à cet égard. À la question de savoir quels seraient ces us et coutumes, le responsable religieux répond : « Le bon voisinage, l’amitié et l’amour. »

La réunion du comité des Wakfs chiites avait été précédée vendredi d’une réunion d’évêques maronites, présidée par Mgr Antoine Nabil Andari, à laquelle avaient été conviés les huit députés de Kesrouan et de Jbeil. Parmi eux, le député chiite Moustapha Husseini, qui a affirmé à L’OLJ qu’« au cours de la réunion, les participants ont décidé de demander au ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, d’ordonner la poursuite des travaux de cadastres dans la région de Lassa », soulignant qu’il compte à cette fin se rendre aujourd’hui avec ses collègues de la circonscription auprès du président du Parlement, Nabih Berry. « Personnellement, j’estime pourtant que ce moyen ne sera pas très efficace », déclare M. Husseini, indiquant que « la topographie ne peut être effectuée qu’avec l’accord des moukhtars, qui eux seraient réticents face à cette démarche, en raison des multiples litiges et procès existants sur les biens-fonds ». « Outre le recours à la loi, il faudrait donc user d’entente et de compromis », conclut M. Husseini.

Un moyen que rejette Farès Souhaid, ancien député de Jbeil, pour qui les litiges doivent être tranchés seulement par la loi et la justice. « Si des compromis sont conclus avec des individus qui occupent illégalement des biens-fonds, non seulement le cadastre en sera ébranlé, mais aussi l’équilibre des forces », avertit M. Souhaid via L’OLJ, déplorant trois sortes d’infractions observées à Lassa. « On y construit, plante et enterre illégalement », accuse-t-il, estimant que cette dernière violation, en l’occurrence l’inhumation sur la terre d’autrui, est très grave, d’autant qu’« il serait impensable de déterrer un jour les corps ».

 

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