Litige foncier à l’office du Niger : les djihadistes enquêtent, la cour d’appel aussi | Land Portal | Sécurisation des droits fonciers à travers les données ouvertes

Date: 16 novembre 2019

Source: Bamada

Par: Soumaila T. Diarra

La cour d’appel de Bamako doit trancher en appel un litige foncier qui oppose des exploitants agricoles aux héritiers de feu el hadj Ousmane Touré, le premier délégué des paysans de l’office du Niger. En attendant, Youssouf Touré, un des héritiers, fulmine au sujet de l’injustice qu’il dit avoir subit au tribunal de Niono qui a jugé le différend que les djihadistes aussi cherchent à régler.

«Tant que les autorités maliennes n’arrêtent pas la corruption, les djihadistes ne vont jamais perdre au Mali », a-t-il déclaré. Touré a déjà été convoqué par les djihadistes dans cette affaire qu’il estime mal jugée par l’ancien juge de Niono qui se trouve aujourd’hui dans une autre juridiction.

Tout a commencé il y a près de dix ans, après la mort d’El Hadj Ousmane Touré (le père de Touré) qui était le premier délégué général des paysans à l’Office depuis le temps de colonel Issa Ongoïba. A l’époque, les frères Touré étaient dispersés, et Youssouf lui-même était à Sadiola jusqu’en 2012. «Après la mort du vieux en 2008, nous avons constaté que d’autres exploitent nos champs», a affirmé Youssouf Touré.

L’ainée de la famille qui était restée avait vendu certaines parties du patrimoine foncier. Selon la famille Touré, une réunion a été convoquée avec les acquéreurs pour régler à l’amiable le différend, c’est-à dire rembourser l’argent des acheteurs. «Nous les avons supplié par l’intermédiaire des chefs de village, des imams mais ils n’ont pas accepté. Mais nous n’avons pas eu une solution », a déploré Youssouf Touré.

C’est ainsi que les héritiers ont donc adressé une lettre à l’Office pour demander comment ils peuvent avoir leurs champs étant donné les parcelles de l’Office ne sont pas à vendre. Certaines parties des 70 hectares conflictuels sont un bail de 50 ans.

Le directeur de zone se défend

Interrogé, Salif Ouédraogo, le directeur de zone de Diabaly, a confirmé l’existence de ce litige foncier. Il a reconnu que le problème est partie de la vente illicite de certaines parties du domaine familiale par l’ainé de la famille Touré qui est d’ailleurs introuvable aujourd’hui. «Puisqu’il n’arrivait pas seul à payer la redevance d’eau de l’immense champ, il vendait petit à petit des portions de terre à d’autres exploitants pour couvrir les dépenses et éviter d’être chassé de l’Office», a indiqué le directeur de zone.

Mais Youssouf Touré accuse des responsables du bureau local de l’Office du Niger d’être  alliés aux acheteurs qui sont allés dans le bureau du directeur de zone pour que ce dernier les aide afin qu’ils gardent leurs champs. Et Touré d’ajouter que les acheteurs et le directeur de zone sont du même parti: le Rassemblement pour le Mali(RPM).

Ainsi, il raconte avec détail comment lui-même aurait contribué à l’implantation du RPM de Bamako jusqu’à Diabaly.  «J’ai dis que si c’est une question de parti, moi-même je faisais partie du RPM ; j’étais à Lafiabougou, comité 34. Quand IBK démissionnait de l’ADEMA, c’est nous qui avons été son premier club de soutien jusqu’à la création du RPM. Il y a un ancien député RPM de Niono du nom de Bou Touré qui ne s’entendait pas avec mon père », a-t-il déclaré.

Incapables d’obtenir un terrain d’entente, les protagonistes ont porté l’affaire devant le tribunal local. Au moment où la procédure était en cours, les acheteurs sont allés exploiter le champ en 2019. «Nous avons appelé le directeur de zone pour lui expliquer le problème et lui dire que nous n’avons pas envie de polémiques. Il nous a dit de rester calmes et qu’il aura une solution. Mais à notre insu, le même directeur de zone a dit aux paysans qu’ils peuvent exploiter les champs et qu’il n’y aura rien puisqu’il a étudié avec le procureur et qu’il sait comment gérer », a-t-il raconté.

Convocation des     djihadistes

Lors d’un entretien houleux dans le bureau de l’ancien juge, Youssouf a indiqué qu’il y a eu un jugement inéquitable parce qu’il était à Conakry quand la date a été fixée. « J’ai fait intervenir un avocat pour leur demander de reporter le jugement en attendant mon retour. J’ai dis monsieur le président tant que vous n’arrêtez pas ces mensonges les djihadistes ne vont jamais perdre au Mali. Je lui ai expliqué que parmi ces gens-là il y a eu des personnes pour me convoquer chez les djihadistes à Farabougou à 35 km de Diabali dans la brousse », a-t-il commenté.

Touré dit avoir été à la rencontre des djihadistes, et leur avoir expliqué comment le problème est venu. « Ils m’ont laissé partir et ont promis d’organiser une rencontre commune entre les plaignants et moi. Mais après, ceux qui ont porté l’affaire devant les djihadistes étaient eux-mêmes injoignables ; lorsque je les ai rappelés ils m’ont dit que les plaignants ne s’étaient pas présentés de nouveau. Plus tard, le numéro qui m’avait appelé ne passait plus et c’est ainsi que n’ai pas encore été contacté par les djihadistes », a-t-il commenté.

En attendant que les juges de Bamako ne se prononcent sur cette affaire, Youssouf Touré ne cache pas sa colère contre la justice du pays. «Comment avoir la paix en voulant étouffer quelqu’un qui agonise déjà? J’ai fait un appel du jugement du juge de Niono  parce que les gens m’ont encouragé. Mais avant cela, j’ai écrit au Premier ministre, au ministre de l’Agriculture, au médiateur de la République », a-t-il révélé.

Soumaila T. Diarra

Source: Le Républicain

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