L’application qui aide les agriculteurs à résister à la crise climatique en Afrique de l’Ouest | Land Portal

Photo: IFAD/David Paqui (CC BY-NC-ND 2.0 DEED)

Tous les jours à Barouéli, une commune du centre-sud du Mali, les ondes de Radio Soumpou grésillent en annonçant les conditions météorologiques des prochains jours.

Il ne s’agit toutefois pas d’un bulletin météorologique ordinaire. En plus des prévisions concernant les températures, le niveau d’humidité et les précipitations, les animateurs discutent de la situation inédite des régimes pluviométriques et du risque de propagation d’une maladie provoquant le dépérissement du millet, appelée « mildiou ».

Ces prévisions, que les animateurs lisent sur une application mobile, MaliCrop, sont devenues un outil vital pour les agriculteurs du Mali, un pays sujet à la sécheresse. Deux tiers de ce pays d’Afrique de l’Ouest se situent à l’intérieur ou aux extrémités du désert du Sahara. Alors que les changements climatiques menacent de rendre des régions du Mali plus chaudes et plus sèches, des spécialistes indiquent que des prévisions exactes peuvent avoir une influence capitale sur la réussite ou l’échec de cultures.  

Les technologies sont essentielles pour donner la possibilité aux pays les moins avancés de mettre en œuvre le concept de durabilité, gérer les changements climatiques et devenir résilients.

Rose Mwebaza, Centre-Réseau des technologies climatiques

 

« Cette application offre des gains de temps en ce qui concerne l’obtention d’informations », souligne Daouda Diarra, qui travaille avec WeatherForce, la société qui a créé MaliCrop. « Elle fournit un appui important au processus de prise de décisions concernant les activités dans les exploitations agricoles. »

L’application MaliCrop a été créée avec le soutien du Centre-Réseau des technologies climatiques, qui dépend du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Le centre-réseau aide les pays en développement à exploiter des technologies dans la lutte contre la crise climatique.

Ce travail est de plus en plus important. Comme le montrent des recherches du PNUE, si l’humanité ne réduit pas ses émissions de gaz à effet de serre, qui sont à l’origine du réchauffement climatique, de 45 % d’ici 2030, elle s’exposera à des conditions météorologiques extrêmes, notamment des sécheresses, des inondations et l’élévation du niveau de la mer.

Alors que leur contribution à la crise climatique figure parmi les plus faibles, les pays les moins avancés, un groupe de 46 économies incluant le Mali, devraient connaître les plus fortes répercussions. En 2019, ces États ont été à l’origine de 4 % des émissions de gaz à effet de serre qui causent les changements climatiques. Toutefois, au cours des 50 dernières années, ils ont été concernés par 69 % de l’ensemble des décès liés à des catastrophes climatiques.

« Les technologies sont essentielles pour donner la possibilité aux pays les moins avancés de mettre en œuvre le concept de durabilité, gérer les changements climatiques et devenir résilients », souligne Rose Mwebaza, Directrice du Centre-Réseau des technologies climatiques. « Des projets comme celui du Mali sont vitaux pour veiller à ce que les plus vulnérables puissent réagir et s’adapter aux changements climatiques. »

 

Au Mali, où vivent 21 millions de personnes, l’agriculture emploie environ 75 % de la population et génère 50 % du produit intérieur brut. Toutefois, beaucoup d’agriculteurs n’ont pas accès à des informations météorologiques fiables, notamment parce qu’ils ne disposent pas d’un accès mobile à un service Internet haute vitesse.

De ce fait, le Centre-Réseau des technologies climatiques a collaboré avec WeatherForce pour mettre au point MaliCrop. Cette application analyse des données portant sur dix années, ce qui améliore de façon significative la précision des prévisions, qui sont diffusées en français et dans plusieurs langues locales. Ce projet, lancé en juillet 2021, atteint régulièrement plus de 110 000 personnes. 

« Ces données aident les agriculteurs, dont beaucoup de femmes, à élaborer une planification et à prendre des décisions éclairées concernant la gestion de leurs cultures », souligne Pascal Venzac, le cofondateur de WeatherForce.

Le Rapport 2022 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière d’adaptation aux changements climatiques du PNUE montre que le financement des projets d’adaptation, comme celui relatif au Mali, est largement inférieur aux besoins. Selon les estimations présentées dans ce rapport, le financement de l’adaptation à l’échelle mondiale est cinq à dix fois inférieur aux besoins et ce déficit se creuse. Les besoins annuels en matière d’adaptation sont de l’ordre de 160 à 340 milliards de dollars des États-Unis à l’horizon 2030 et de 315 à 565 milliards de dollars des États-Unis à l’horizon 2050.

Au Burkina Faso et au Niger, des pays voisins du Mali, le mouvement dirigé par l’Afrique visant à restaurer plusieurs milliers de kilomètres de terres dégradées dans le continent, connu sous le nom de « Grande Muraille verte », a été reconnu par les Nations Unies comme l’un des dix premiers Fleurons de la restauration mondiale ayant vocation à remettre en état le monde naturel.

Ces efforts visant à replanter la végétation indigène, contrôler des espèces envahissantes et fixer des dunes de sable ont contribué à rendre le Sahel plus vert, à renforcer la sécurité alimentaire, à créer des emplois et à former un refuge pour la nature.

« Le besoin d’adaptation n’a jamais été aussi urgent, en particulier dans les pays les moins avancés comme le Mali », précise Mme Mwebaza. « Nous devons unir nos forces pour combler l’écart entre les besoins et l’action en matière d’adaptation. »

 

Le Centre-Réseau des technologies climatiques (CRTC) est le mécanisme technologique de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Il contribue à procurer aux pays en développement des technologies respectueuses de l’environnement favorisant un développement à faible émission de carbone et résilient aux changements climatiques. Le CRTC fournit des solutions technologiques, renforce les capacités et joue un rôle de conseil concernant les cadres politiques, juridiques et réglementaires. En outre, le CRTC réunit des spécialistes et des fournisseurs du secteur privé dans le but de produire des solutions novatrices permettant de faire face à la crise climatique.

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