Date: 6 décembre 2018

Source: APS

Par: Seyndabou Kâ

Dakar, 6 déc (APS) - Des organisations de femmes et de la société civile, de concert avec des autorités locales, s’activent pour harmoniser leurs stratégies et actions de sensibilisation dans certaines localités du Sénégal, dans le but d’aider les femmes à disposer des mêmes droits dans la gestion de la ressource foncière.

A Thiès (ouest), le Groupe d’initiative pour le progrès social (GIPS-WAR), créé en 2004, s’active pour contribuer à un plus grand accès des femmes à la terre, à travers des actions de plaidoyer et de sensibilisation.

"Les femmes des villages aux alentours de Thiès venaient s’approvisionner en légumes en ville. Pour nous, cela n’était pas normal, c’est le contraire qui devait se passer", avance Julie Cissé, sa coordinatrice.

Elle explique qu’une enquête menée par sa structure a mis en exergue le fait que dans ces villages, les femmes n’avaient pas accès à la terre, le foncier étant contrôlé par les hommes.

"C’est ainsi que nous avons développé des stratégies persuasives pour montrer aux hommes que les femmes étaient capables de cultiver les terres. Voilà comment nous avons démarré cette aventure foncière", a-t-elle raconté.

Puis le GIPS-WAR a mené un plaidoyer auprès de chefs de village pour tenter de les convaincre sur la nécessité d’octroyer des terres aux femmes.

"Certains ont accepté, d’autres non, mais nous avons continué à porter la question au niveau des radios communautaires pour dénoncer cette situation. C’est ainsi que les autorités locales nous ont contactés", a-t-elle dit.

A Thiès, Kaolack, Matam et Diourbel, entres autres régions où intervient le GIPS-WAR, les acquis obtenus ont changé le quotidien des femmes détentrices de terre, assure Mme Cissé.

"En Casamance, au niveau de certaines collectivités territoriales, nous avons accompagné des femmes jusqu’à l’attribution de surfaces" qui leur reviennent désormais, a-t-elle affirmé, soulignant que le GIPS-WAR articule l’accès des femmes à la terre à la problématique de leur autonomisation économique.

En 2016, le GIPS-WAR a intégré l’initiative Kilimandjaro, une plateforme de femmes rurales africaines créée en 2015 pour influer sur les politiques foncières en leur faveur.

Ses initiatrices avaient marché pendant 4 jours jusqu’au sommet du mont Kilimandjaro, montagne située dans le nord-est de la Tanzanie, où elles ont présenté leurs revendications en 15 points.

Elles ont notamment demandé que des politiques soient mises en œuvre afin que les femmes africaines puissent accéder d’ici à 2025 à 30 % des terres aménagées.

"Quand il y a des groupes de femmes qui s’organisent pour mettre des dispositions, contrôler les ressources naturelles comme la terre, l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et développement (CICODEV-Africa) s’engage à leurs côtés", a souligné son directeur exécutif, Amadou Kanouté, au sujet de cette initiative.

Il a donné l’exemple de la Fédération nationale des femmes rurales (FNFR) qui, selon lui, a réussi, dans le nord du Sénégal, près de Rosso, à ce que 110 hectares soient octroyés à un groupement comprenant 100 femmes, en misant sur la sensibilisation.

Selon M. Kanouté, la CICODEV travaille avec d’autres associations de femmes dont le GIPS-WAR qui, grâce au leadership de ses membres, "a réussi des avancées extraordinaires en matière de sécurisation foncière pour les femmes".

"Nous avons eu des rencontres avec l’Union des maires du Sénégal qui partage notre vision qu’il faut que nous travaillions à mettre en œuvre ce que le maire de Mbadakhoune a fait", a-t-il dit, signalant que cet édile, sensible à cette question, a de lui-même affecté cinq hectares à un groupement féminin de sa commune.

Le rôle de la société civile est de veiller à ce que les lois et la Constitution soient effectivement appliquées, fait valoir M. Kanouté, en guise de commentaire.

"Au niveau de la mairie, nous avons des projets pour les femmes, mais pour qu’elles puissent en bénéficier, il leur faut des terres. C’est ainsi que nous avons convaincu des chefs de village de céder 2 ha aux groupements de femmes de leur localité", a expliqué Jean Marie Silmang Marone, l’édile en question.

Une fois que les terres leur sont octroyées, c’est la municipalité de Mbadakhoune qui mène des actions de sensibilisation visant à amener des femmes à en acquérir et à leur trouver ensuite des financements auprès de partenaires, selon l’édile.

En plus des organisations de la société civile et des autorités locales, l’Association des femmes juristes du Sénégal (AJS) joue également sa partition et a réussi à sensibiliser des maires jusqu’à obtenir 200 délibérations pour des terres affectées à des femmes individuellement.

Selon la Coordonnatrice régionale de la "Boutique de droit" de l’Association des femmes juristes du Sénégal à Ziguinchor, Ndèye Astou Goudiaby, sa structure "se bat pour l’égalité des femmes et des hommes", la gent féminine représentant l’essentiel de la main d’œuvre agricole locale.

"Elles sont au début et à la fin de tout ce que nous cultivons ici, alors qu’elles n’accèdent pas ou ne possèdent que 3 % de la terre, cela constitue un blocage à leur autonomisation", note-t-elle.

Aussi, faudrait-il qu’elles soient au fait de ces questions, et qu’elles aient les mêmes droits que les hommes pour accéder à la terre.

Sur le plan législatif, font valoir plusieurs spécialistes, le Code civil, le Code du travail, le Code de la famille et la loi sur le Domaine national constituent autant d’instruments permettant aux femmes d’acquérir des terres au même titre que les hommes.

De même, les dispositions de la Constitution sénégalaise consacrent le principe d’égalité en matière d’accès au foncier.

 

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